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Banis au pays des merveilles - Chronique -

Banis au pays des merveilles - Chronique -

Quand le rap rime avec le melhoun
23 avril 2008 - 1637 lectures

Dans ce 7e opus d’un album intitulé Banis au pays des merveilles, l’artiste issu du groupe oranais de hip-hop Tox, l’un des pionniers du genre à Oran et qui ont contribué dans l’organisation de la 1re convention du rap initié à Oran par Hadj Meliani en mai 1999, rend hommage à ses poètes du melhoun comme Djillali Aïn Tedles.



«  Taleb ya ttaleb massebtch kich ndir/mani nergoud fellil melli c h e f t d a k ezzine.../(Marabout je ne me retrouve plus / je ne dors plus la nuit depuis que j’ai vu cette beauté / On m’a conseillé de laisser tomber : la fille t’es inaccessible / j’ai essayé de parler avec elle en garçon de bonne famille bien éduqué / Rien à faire, même avec de l’or, je n’ai pu l’approcher / pourtant je ne veux qu’elle et j’ai l’intention de demander sa main / oui je le veut ô marabout / je suis venu pour ça / rédigemoi un talisman toi qui prédis l’avenir / moi je suis désespéré (…) tu es ma dernière chance / vois ce que tu peux faire.) »

Un passage qui a inspiré le texte cité plus haut a été inclus pour tourner en boucle : « Ilak ntaya fqih nadjem / mesmoudi hafed lahkayem » (si toi tu es lettré pouvant prédire l’avenir/ ayant appris par coeur les dictons, etc.). Pour Banis, « en tenant compte de la voix monocorde et des redondances qui caractérisent le chant de nos anciens poètes, on se rend compte qu’ils ne faisaient que rapper en réalité ».

La ressemblance est en effet tellement frappante que cette voix à l’ancienne mixée dans ce titre se marie très bien avec les sons électroniques. Mais ce sont les repères qui font la différence car ni les préoccupations exprimées par la jeunesse d’aujourd’hui, en partie reprises dans le reste des titres de cet album ni les symboles dont on use pour représenter cette réalité, ne sont plus les mêmes. Dans la chanson Que se passe-t-il dans mon pays ? (Cha rah sari fi bladi), il est question de crise identitaire et existentielle.

« Nous avons oublié d’où nous venons et nous ne savons pas où nous allons. » Ce passage fait curieusement référence, inconsciemment peut-être, à un proverbe africain qui dit : «  Si tu ne sais pas où tu vas, souviens-toi d’où tu viens. » Il est pourtant question de « culture numérique » avec « 30 millions de portables » mais où, paradoxalement, tout le monde patauge dans le noir à tel point de demander d’« allumer la lumière », un appel de détresse.

Pis encore, on considère que hada (ceci est un) cirque, scénario pire que Stephen King. La référence à l’auteur américain spécialisé dans l’esthétique de l’horreur n’est sans doute pas fortuite. Dans cet univers macabre, la ville d’Oran réduite au, « raï et à la corniche » n’est pas épargnée avec « son paradis fiscal, ses beznassa qui font tourner les portables, les euros, les deux roues, les quatre roues, le kif et le canif. »

Et le tableau noir (une autre performance de l’album) continue avec une projection dans le futur de l’Algérie de 2062, soit un siècle après l’indépendance, mais où peu de choses ont changé. Cet essai de science fiction ne manque paradoxalement pas d’humour avec la référence à un personnage qui écoute une musique bizarre, « mélange taâ rap électrojazz expérimental » et où les humains portent des numéros et évoluent dans un design fluo. Retour au passé.

« Quand je cherche quelqu’un, je le trouve toujours. C’est pour ça qu’on me paye. » Cette réplique d’un western spaghetti à la manière Sergio Leone est prise telle quelle dans le morceau intitulé Gringo, l’histoire d’un chasseur de prime converti en homme d’affaires mais où les repères temporels sont complètement éclatés, car le texte se joue des époques et change de registres au gré des rimes. En incluant le refrain Blaklam nefdik ya hip hop (une adaptation des cris de guerre des combattants palestiniens), c’est sans doute ce que Tox appelle la révolution hip-hop avec Banis, qui se raconte un peu dans cet album, vu une profusion de références à la Russie (rap Tchernobyl, plus lourd qu’un tank rapide comme un Mig, etc.), comme chef de file.

Un concert est prévu le 24 avril au Palais des Sports, selon le président de l’association Apico avec, notamment, d’autres chanteurs qui ne sont plus à présenter, comme Lotfi Double Canon. Djamel Benachour

Djamel Benachour — El-Watane


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