Interview Dj Modesty par Lionel
Première partie : entrevue de comptoir.
10 juin 2008 - 982 lectures
Passionné de musique des années 90 à 2000... dj Modesty défini son style comme s’inspirant de l’époque des golden years, les boom bap beats, dans la lignée des Pete rock, Primo, Alchemist, JR Ewing...
Rencontre avec un artiste français hors du commun.
1. Peux tu te présenter brièvement ? Comment t’es venue la passion du Deejaying ?
Mon Blaze est DJ MODESTY, je vais avoir 30 ans et suis originaire du sud de la France. J’ai découvert la Culture Hip Hop début 90’ et j’ai été emmené à découvrir le deejaying par la nature des choses. Le fait d’écouter beaucoup de musique et plus particulièrement des mixs de Cut Killer, Funkmaster flex m’y a beaucoup aidé. Je crois que la musique est une drogue et que lorsque j’ai compris ce que l’on pouvait faire avec des platines, j’en suis devenu encore plus accroc.
2. Ta musique résulte de l’essence même du Hiphop. Quelles sont tes influences et tes références ?
Je puise mon inspiration de la source, car je respecte l’histoire du Hip Hop, les fondateurs et donc la Oldschool. Je pratique la danse, le graffiti, le mceeing et le deejaying, donc je vois en la Culture Hip Hop, un style et un mode de vie à part entière. Mon adolescence a été bercée par les Golden Years du Rap et donc tous les artistes comme Dj premier avec Gangstarr, le Wu Tang, Biggie, Mobb Deep et bien d’autres qui en sont issus. Mes références sont des producteurs comme Primo, Pete Rock, Alchemist, Large Pro, Marley marl… car j’aime les beats marqués samplant la Soul, le Jazz, classique… et utilisant le Sampling qui est la base du Hip Hop. Mes influences sont les sons mélancoliques, la Thug Muzik mais aussi les sons plus incisifs et agressifs. J’ai une certaine préférence pour la East Coast, NY et plus particulièrement le Queens…
3. Tu es en deal avec de nombreux artistes du Queens, aimerais tu travailler avec un artiste en particulier ?
Oui, j’avais le projet de développer ce borough à travers mon album et cela m’a ouvert des portes pour collaborer avec plusieurs artistes. Je travaille sur des Mixtapes pour un artiste nommé Misphit, Je dois mixer prochainement le Street Album d’Imam Thug. Je collabore avec des membres de Screwball et pas mal d’autres artistes pour la plupart indépendants comme Nut Rageous, Camiliano, Cold Heat Crew, Killa Sha, Red Eye, Willie Stubz…
J’aimerais avoir la possibilité de travailler en live avec toutes ces personnes pour des shows en europe ou autres…J’aimerais bien collaborer avec Alchemist, Cormega, Mobb Deep et pourquoi pas Nas…
4. Comment perçois tu la musique actuelle au sein de la région du Queens ?
Les termes GRIMEY et THUG MUZIK correspondent à la définition de ce qu’est pour moi le rap du Queens. Disons que si chacun a une part obscure en soi, une part de tristesse, de réalité dure de la vie, une certaine mélancolie… La musique du Queens en est le parfait exécutoire et donc le meilleur exemple actuel en matière de rap réaliste, gangsta rap…Je trouve que les artistes du Queens avec qui je collabore ont su préserver ce coté Golden Years et puriste qui est actuellement délaissé pour un Hip Hop fashion… mais c’est comme partout, dans le Queens ou ailleurs, il y’a de tout, différents styles, pour différents publics…
5. Comment travailles-tu en studio ? Machines, ordinateurs, platines ?
Je me suis créé un petit Home Studio comme beaucoup, avec les moyens du bord, car je suis locataire et que je n’ai pas encore le budget pour m’installer plus professionnellement. Je mixe toujours avec des vinyles et j’utilise 2 platines mk2, une vestax 07Pro et le Logiciel Serato pour des raisons purement pratiques. J’utilise une MPC2000XL et un synthé KORG pour la production de beats. Les enregistrements sont fait via ma Carte son et Cubase SX3, le monitoring est géré par des KRK8. Un petit Micro Apex… je crois que c’est tout.
6. Et en live ?
2 platines Mk2 et ma Table de Mix vestax. En live, j’essaie d’utiliser de vrais vinyles car je préfère de loin leur toucher et la qualité sonore. Cependant, les labels n’envoyant plus de vinyles ou très peu, je suis contraint d’utiliser le Logiciel Serato (mp3) qui me permet de jouer des exclus…drops…
7. Pratiques-tu les techniques scratch ? Que symbolisent t-ils pour toi ?
Je ne suis pas un réel adepte du turntablism. C’est quelque chose qui m’intéresse mais qui demande beaucoup d’heures d’entraînement tous les jours. J’ai privilégié mon côté musical dans les mixs et à chercher à développer un réseau de contacts et collaborations pour des albums, mixtapes…. Cependant, je travaille la technique de temps en temps et j’ai pour objectif de maîtriser les bases et toujours progresser afin de devenir un dj complet. Le scratch est un outil, un instrument qui permet de donner un aspect de création musicale aux morceaux… j’aime le coté puriste ou le scratch meuble un morceau et apporte une touche originale mais je n’aime pas certains dérivés où il est utilisé de manière excentrique et se détourne du Hip Hop.
8. Quand et comment s’est passée la création de « Kings from Queens », ton album actuellement dans les bacs ?
Fan du Queens, je voulais lui dédier un Album, qui serait le début d’une série, avec pour but, la promotion d’artistes moins connus mais aussi quelques grand noms pour faire plaisir à tous, mais aussi à moi-même.
J’ai commencé ce projet en hiver 2006, tout d’abord en créant un réseau de mc’s et labels intéressés par ma démarche. L’album devait sortir le 11 septembre 2007 et a bénéficié d’une distribution américaine pour sortir officiellement le 18 Mars 2008. J’ai collecté tous les sons, les dédicaces… puis la création de l’album, le Mix, le mastering…la pochette…
C’est mon premier album et c’est beaucoup de travail, car le plus long, c’est le relationnel, les emails, téléphone… J’ai eu de la chance de tomber sur des personnes qui ont flashé sur le projet et m’ont beaucoup supporté, avant, pendant et après. J’en profite pour les remercier.
9. Comment défini-tu ton travail et ce qui en découle ?
Comme mon émission « THE REAL HIP HOP SHOW », j’essaie de développer un style vrai, qui reflète ma vie et mes influences… les Golden Years et le Real Hip Hop. Je suis quelqu’un de simple et je travaille dur pour montrer que l’underground a sa place dans notre monde et je voudrais que les gens sachent que c’est souvent de là que provient le meilleur et le plus authentique des talents. Comme mon blaze l’indique, je suis modeste et humble. J’avance donc plus lentement mais je l’espère, plus sûrement. Je travaille en toute authenticité et par amour du Vrai Hip Hop, j’ai le souhait que cela puisse toucher des gens, des fans, des artistes, et qu’ils puissent à travers moi, vivre intensément cette culture.
10. Selon toi quelle est la différence entre un bon et un mauvais Dj ?
Je ne sais pas quelle place j’ai parmi ces 2 choix pour en juger mais disons que si je me positionne d’un regard extérieur, la définition d’un dj est quelqu’un qui est capable d’animer une soirée en balançant des sons pour faire danser un public, poser un Mc…
Ma définition du bon Dj est quelqu’un qui sait utiliser les techniques de mix basiques pour enchaîner des chansons en effectuant de bonnes transitions… Le très bon Dj est quelqu’un qui y met de la musicalité, de l’originalité et de la créativité dans ses sets. Si il y met de la technique sans casser la musicalité, tels des beatjuglings et scratchs, c’est gagné…
Celui qui se dit dj car il appuie sur play ou crie son nom est plus un animateur qu’un Dj à mes yeux.
11. Est-il simple de trouver des vinyles en France ?
Dans le sud, pas trop. Le prix du vinyle a augmenté avec l’Euro. Puis le Mp3 et le Serato ont écrasé l’industrie du cd comme du vinyle, malheureusement…Donc beaucoup de magasins ont fermé. Il existe toujours des magasins spécialisés sur Marseille, Paris…et je souhaite qu’ils puissent résister à cette évolution négative qu’est le mp3….
(Suite de l’interview la semaine prochaine)
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