Interview de Fada Vex (T.O.X), rappeur oranais.
Interview de Néo AMC
22 septembre 2004 - 837 lectures
Année 1998 : En fouillant les étagères d’un disquaire je tombe sur une cassette estampillée « Lazer Production » une maison d’édition qui n’avait dans son registre à l’époque que du Rai avec tout ce que ça implique ...
Mais non ! ce jour là j’ai vu autre chose : une photo rougeâtre, une clique et des caractères d’écriture qui n’avaient rien à voir avec ces pochettes de « Chebs » en chemise jaune diarrhée, c’était bel et bien un mini-album rap en provenance d’Oran ! « Mechi Bessah »,premier ep de T.O.X ou Theory Of Xsistence…
Formé à l’époque de Madman, Mic Maestro, Fada Vex, Jiggy G et Lil’J, le groupe compte désormais 7 membres avec l’arrivée de Machin Gun et enfin Dj Redha J dont l’apport en matière de scratchs était plus qu’évident avec la sortie du second opus « Ghir Hak » !
Année 2004 : significative de la sortie du solo mystérieusement intitulé « El Facteur » , un 16 titres signé Malik Bourbia alias Fada Vex, l’un des 3 membres restants du groupe qui nous livre son parcours rapologique, nous dévoile un peu plus sa vision lucide du rap algérien, entre constat et optimisme l’homme répond minutieusement et patiemment aux questions. Rencontre !
-NEO AMC : Presque quatre ans après la sortie de « Ghir Hak » que t’as réalisé avec ton groupe T.O.X, t’as décidé de sortir unalbum solo, est-ce que ces quelques années d’absence signifient pour autant que t’as chômé artistiquement parlant ?
Fada Vex : Après la sortie de « Ghir Hak » le groupe a splitté, alors temps de réflexion oblige ( 03 mois), on a décidé avec Redha J et Machin Gun de continuer l’aventure et de changer d’optique. Avec la création de La Base Prod, on a sorti une mix-Tape « Hip Hop Guerilla Vol.1 », puis on a pas mal tourné sur scène d’Oran à Alger en passant par Marseille, et on a participé au premier album de Ha Rage, et la compilation Wahrap 2 qui tarde à voir le jour. Pour ma part j’ai posé avec plusieurs artistes : Rap, Rai, Gnawi. Durant cette période on s’est donné le temps de réfléchir, et de travailler nos textes, et d’observer ce qui se passe dans la scène rap algérienne et internationale. Et on a écouté énormément de sons. C’est vrai qu’on n’était pas exposés sur vitrine, mais on se préparait dans l’arrière boutique…rires
-N.A : Pour revenir à T.O.X, je dirais que « Ghir Hak » était plus ouvert à des expériences rap-rai ou r’n’b alors que « Mechi Bessah » sorti en 1998 était plus brut, est-ce que ton solo marque un retour à l’esprit du début ?
F.V : Pour revenir un peu a « Ghir Hak », on voulait se faire entendre et innover par tout les moyens, et vu le nombre de Mc’s dans le groupe, les influences et la diversité des styles. ça a abouti a un album plutôt expérimental ; on se cherchait artistiquement et textuellement…Surtout après « Mechi Bessah » où on a vu que le brut posait problème par rapport a l’auditoire existant, et surtout vis-à-vis des éditeurs. On était le seul groupe de l’époque à sortir un produit hip hop à Oran.
Après , les portes se sont ouvertes pour d’autres groupes. Mais pour le retour à l’esprit du début, je tiens à dire que quand on est dans un groupe, on ne peut imposer ses idées, et dicter sa vision des choses, on doit fusionner, et l’apport de chaque membre compte énormément. Le solo « El Facteur » est un cumule de plusieurs expériences qui traînaient depuis longtemps dans ma tête, ce n’est pas un retour, c’est juste un nouveau départ, et c’est une conclusion tirée des deux albums précédents, on s’est dit qu’il faut se faire plaisir, et laisser les choses faire. Mon idée était de réunir le maximum de producteurs et de Mc’s sur l’album, puisque tout le monde attendait que quelqu’un vienne de l’étranger pour le faire, et surtout je voulais montrer qu’on peut faire du son hip hop en Algérie.
-N.A : Vous étiez, toi ainsi que Madman, Mic Maestro et le reste de la formation connus pour vos flows accélérés et vos roulades, maintenant je constate à l’écoute de ton solo que ta manière de poser a changé depuis, explication ?
F.V : Je dirais que la manière de rouler (Debar Rassek style) était propre à Madman et Mic Maestro, mais la manière d’accélérer les flows était propre au groupe T.O.X, à Oran et même Alger c’est devenue presque une mode de rapper comme Madman.
On voulait être technique, et se démarquer du lot des rappeurs algériens, qui sonnaient tous pareils pour nous, on voulais avoir une signature, développer la technique, mais au détriment du texte. Les gens qui vivaient en dehors d’Oran ne pigeaient rien a ce qu’on racontait, et vu les gars qu’on kiffait à l’époque ( Das Efx, Fu Schnikens , Dat Nigga Daz, Busta Rhymes, Krs One, L.O.T.U.G…) étaient nos idoles.
Et là, avec le temps, j’ai voulu partager plus de choses avec l’auditeur, redonner au rap une touche poétique, si on remarque bien mon couplet sur le titre « OK ! » et sur le retournement de beat du titre « Essah », mon flow est plutôt saccadé, c’est un nouveau trip dans lequel je veux aller, et j’ai nommé ce style : « Errap al Arabi, sur « Jib Dek » j’ai opté pour le Ragga. Je dirais pour conclure que je suis tout le temps en mutation, et c’est par rapport à l’instru et ce qu’elle m’inspire…
-N.A : A l’époque où le rap algérien commençait à se faire connaître, la mode était au « rap anti-état » , « le rap qui pleure la misère » , « le rap qui donne des conseils »…cependant, j’ai pu remarquer que les morceaux de T.O.X (ou ceux d’autres groupes Oranais) tenaient des discours différents, pareil pour ton solo…
F.V : Hé ben, quoi dire, à mon avis et il est subjectif et perso : c’est une question de culture Hip Hop. En Algérie le rap a une étiquette ou plutôt plusieurs, du genre « musique de ghetto »,« musique qui permet à la jeunesse de s’exprimer et de crier sa mal vie », le rap est un ensemble d’états s’esprits, on peut aborder tout les sujets. Alors , pendant que des groupes apprennent et se nourrissent de Hip Hop (mcing, djing, break et tag) les autres on pris le concept de rimes faciles, ajoute à cela l’influence massive du rap français, je veux dire par là : la cité, keuf, caillera, misère, petit frère et compagnie... le résultat est là.
En plus je crois que l’amalgame entre RAP et HIP HOP est présente, on peut rapper, mais la culture hip hop il faut l’avoir, prenant l’exemple de Hamidou : « Jaoula fi lil » est un morceau de rap mais Hamidou n’est pas mc mais plutôt rappeur, il n’a pas d’attitude Hip Hop purement parlant.
Mon album reflète des bribes de ma personnalité, c’est ma façon d’écrire et d’aborder les sujets, c’est ma façon de voir et de raconter les choses, je ne suis pas la pour donner des conseils, chacun s’assume, je suis la pour faire du Hip Hop point barre ; en plus j’ai horreur de ça du style « attention à la vie, elle est dure », « Meskine celui là , il est au chômage, dommage, faux barrage, carnage… » ,ou « les martyres de la guerre d’indépendance… tahya ethawra.. », ou quelqu’un qui me raconte des choses simplistes que tout le monde connaît, c’est pas le sujet en lui même qui est important c’est la manière dont on le raconte, et la présence de la personnalité du MC. Pour ma part chacun est libre de faire ce qu’il veut, mais le hip hop, l’attendra au tournant…
-N.A : Je vais recentrer le débat sur l’actualité de Fada Vex et son album solo « El Facteur », quelques mois après sa sortie,est-ce que les retours sont bons pour l’instant (ventes, critiques…) ?
F.V : Sincèrement, l’album a bien démarré, mais vu le manque de promotion, il marche à petites goûtes. La maison d’édition n’a pas fait son boulot a 100% question promotion (posters+distribution gratuite de K7), beaucoup de clauses du contrat n’on pas été respectées. Mais pour ma part je sais que le rap venant d’Oran coince quelque part, vis-à-vis de la médiatisation, ce qui compte pour moi est de fournir un bon travail, qui aura ses retombés, d’ici 01 an, d’ailleurs la même chose est arrivée aux albums « Meshi Besah » , « Ghir Hak » de TOX, et la compilation « Wahrap ».Moi je sais a quoi m’en tenir…
Question critiques, c’est mitigé, l’album a eu de bonnes comme de mauvaises critiques, c’est normal, tout le monde ne trouve pas son compte. Surtout à Oran ou le public a un sens aiguisé de la critique.
Quand tu es dans l’ombre et que tu ne sors pas de produit tu ne risque pas d’être critiqué. Par contre, quand tu t’étales sur un album la critique devient beaucoup plus facile, puisque t’es exposé, tu deviens vite une cible…Mais je suis plutôt content du résultats, j’ai eu de bon retours, beaucoup de gens on kiffé l’album, c’est une expérience personnelle , c’est un trip que je voulais faire, et c’est ce qui compte pour moi…
-N.A : T’as fais référence aux éditeurs en parlant des 2 ep de T.O.X qui étaient sortis respectivement chez Lazer Production et Edition Redson ,cette fois c’est chez Es-Senia Productions que sort ton album solo, est-ce que t’as eu des obligations par rapport au contenu des morceaux ?
__ F.V : Rien du tout, j’étais libre artistiquement parlant, l’éditeur a eu le produit fini. Mais pour revenir aux albums précédents, on n’a jamais eu de pressions de la part d’éditeurs. On a toujours choisit notre lignée artistique. Ils n’ont rien à nous apprendre question Hip Hop.
Si tu permet je veux développer sur ce sujet qui est d’actualité. Les éditeurs font du fric point barre. Il faut être féroce en négociation, et on apprend toujours en cours de route. Ces gens là, ne connaissent rien en marketing et pénétration de marché, ils pensent que les posters suffisent pour une bonne promo, ils sont toujours à coté de leur argent, le marché de la chanson demande beaucoup d’argent, il faut en dégager beaucoup, pour avoir le résultat escompté. C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de monter une maison d’édition sous le nom de « OXYGENE Prod » . Il faut être autonome sur tous les fronts dans ce biz, de la conception à la mise sur le marché du produit.
-N.A : En termes de durée, ton disque contient en tout 16 pistes alors que les autres K7 de rap algérien dépassent rarement les 8 titres, n’est-ce pas un peu risqué dans le sens où certains préfèrent sortir 2 ou 3 ep au lieu d’un album ? (Rires)
F.V : Question plutôt pertinente ( !!@ ? #¤*#). C’est vrai que c’est plus facile de sortir un 8 titres qu’un 16. Je trouve ça fabuleux par moments (rires !) comment un artiste peut-il transmettre des émotions ,raconter des choses, imaginer et créer en l’espace de 06 mois, et pondre un produit ? A part si c’est du travail bâclé, ou avoir beaucoup beaucoup de génie ?!! Le second cas m’étonnerait. Si je prends les cas de Jay-Z ou GZA (Wu-Tang .ndlr) qui n’écrivent pas sur du papier, et qui ont des capacités de mémorisation très développés, ne sortent pas d’album chaque six mois, ces types là c’est des génies…Même Mc Supernatural qui un très grand freestyler et plusieurs fois champion du titre, ne le fais pas, sauf quelques tapes de temps en temps.
Pour revenir à moi, mon album est le résultat de trois ans de travail, c’est un projet et pas un album seulement. c’est risqué dans le sens ou les habitudes sont bousculées. C’est comme ça que je vois les choses.
-N.A : Avec Dj Redha J, Diggaman et Dj Nab à la production, le moins que je puisse dire c’est que le résultat au niveau des beats sur ton solo remet en question le bon vieux débat sur l’impossibilité de produire un vrai son hip hop en Algérie,on peut expliquer ça par l’avènement des logiciels de M.A.O sur le marché ?
F.V : En partie oui, mais posséder un logiciel et ne pas avoir de culture hip hop, ça ne mène à rien. Les gars avec lesquels j’ai bossé écoutent beaucoup de sons, ils suivent ce qui se passe sur la scène rap. J’ai suivi de très prés la production des instrus.
Chacun a sa touche personnelle et ses influences. On peut produire du son hip hop en Algérie, c’est indéniable ! Si on prend One Der (ex-Talisman .ndlr) par exemple avec lequel j’ai pas eu la chance de travailler, il produit de bons beats, même chose pour Redha J, Diggaman et Dj Nab. C’est vrai qu’il manque un peu de finition et de gras dans se qui se fait ici, mais je trouve le résultat très satisfaisant. Et en plus c’est mieux de produire ces propres instrus que d’aller sortir un « Album » sur des faces-b…
-N.A : « El Bizzare » est ma foi le plus surprenant au niveau des lyrics, puisque on y ressent l’influence du style d’écriture « gnawi » qui tourne en dérision les maux de la société on y injectant une dose d’humour, est-ce une preuve de plus que l’on peut s’inspirer de nos musiques populaires pour amener le phrasé hip hop à un autre niveau ? Comme certains rappeurs français qui ont été marqués par exemple par Renaud et Nougarou…
F.V : Tout a fait, c’est une preuve de plus, qui prouve la beauté de cette culture. L’inspiration peut venir de tout les cotés, la façon d’écrire évolue au contact d’autres genres musicaux. J’aime bien l’humour et l’ironie dans l’écriture, en plus c’est une nature chez nous. Mais je tiens à préciser que le phrasé ne doit pas se limiter au message, le flow a aussi grande importance dans l’interprétation, et c’est ce qui fait le MC…
-N.A : Dans « Dir el maken » tu dis « dans ma vie j’ai jamais pu faire ce que je voulais, et ce que j’ai voulu accomplir dans l’rap a eu des obstacles…à ceux qui ont parlé sur nous…etc. », des phrases qui reflètent une certaine tristesse, est-ce juste un constat ou une réponse à tes détracteurs ?
F.V : « Dir el maken » est un titre au quel j’y tiens particulièrement, il a des connotations à double tranchant (constat Hip Hop et constat Social). A l’écoute de l’instru la première fois j’étais complètement excité à l’idée de travailler dessus, et le sample de Fairuz m’a poussé à donner au texte une touche de tristesse. Mais à la base j’étais inspiré par les dires de quelque rappeurs (oranais), qui pensent qu’avoir du matos et des logiciels M.A.O les rend hip hop et que c’est une consécration ; On est là entre potes, on s’amuse, on enregistre, mais sans retours et sans produit sur le marché, il faut batailler, quitte à donner son premier produit gratos, et ça ne fait rien s’il n’est pas de bonne qualité, mais il faut pas se dire que tout est acquis d’avance, et qu’on est les meilleurs. _ Et c’est à partir de là que l’enchaînement du texte s’est dessiné en y ajoutant notre propre expérience dans ce biz. Ce titre est une revendication dans le sens où je dis « …faite de la place au Hip Hop … » et « .qu’il y a beaucoup de gens qui ne sont pas à leur place que sa soit dans le rap ou dans la politique… ».
-N.A : Comment s’est fait le choix des mc’s présents sur l’album et qui sont pour la plupart oranais ? Qu’est ce qui explique la rareté des featurings dans le rap algérien selon toi ?
F.V : Je vais dire que le choix des Mc’s (qui sont pour la plupart oranais), s’est fait avec se qu’il y avait de disponible comme, moi je veux bosser avec tout le monde, et pas n’importe qui en même temps, j’aime bien partager la vibe d’autres rappeurs et producteurs. C’est ça la force du Hip Hop les collaborations entre Dj’s , Mc’s et Producteurs font la beauté de cette culture, la mixité, la fusion et le partage donne au rap une force spirituelle assez conséquente. Si je pouvais avoir d’autres Mc’s d’Alger (quoique Cinou de K-Libre et Smoka y fussent), de l’Est et du Sud, et même de France, je le ferais…
Pourrevenir a la question de la rareté des featurings dans le hip hop algérien, je dirais que l’idée de faire une mix-tape ou compile qui réunira des rappeurs de toute l’Algérie me tarabuste l’esprit depuis trois ans, des propositions de notre part ont été faites depuis longtemps, et des contacts avec CADIC et GAMMA ont été faits aussi mais j’ai pas eu de retours sérieux, à se demander si tout le monde est entrain de sortir trois albums par an.
Bref cette rareté est due en partie à l’incompréhension de la culture hip hop a mon avis, chacun veut la plus grosse part du gâteau et la tête d’affiche ou je ne sais quoi encore ?! chacun essaye de s’en sortir tout seul, alors que c’est là ou le piége réside, il faut essayer de collaborer ensemble au maximum. J’ajouterais que je n’ai pas été satisfait du comportement et du travail de certains après la collaboration dans mon album. J’offre à tout le monde une opportunité d’avoir quelque chose de concret sur le marché, et au lieu de garder la continuité des choses, on a de la parlotte en retour a a été toujours le cas, depuis nos débuts…On (la jeunesse) est une force majoritaire dans ce bled, il faut en profiter, mais je ne suis pas décourager pour autant, j’en fais allusion dans le titre « Kima Dima »…
-N.A : Euh…sortir une compile réunissant les mc’s algériens…ça n’émane pas de l’envie de rectifier le tir raté de Wahrap et Algerap qui ont été produites par des gens sans relation avec le Hip Hop ?
F.V : Je ne pense pas que sa soit un tir raté, c’était plutôt une première expérience et une aubaine, et dans toutes les premières fois il y’a des lacunes, et c’est normal, pour des jeunes groupes inexpérimentés c’était fabuleux. Mais je suis sur qu’il y’en a qui diront que c’était pas le cas, mais d’après ce que j’ai vu tout le monde se bousculait pour enregistrer, et tout le monde critiquer après…qu’elle soit produite par des gens sans relation avec le hip hop ok ! Mais trouve moi des gens qui avaient juste les couilles et la connaissance suffisante pour produire un disque de rap ! dans le temps y’avait personne, les groupes attendaient tous le messie !! Mais bon …Revenons à la compile dont j’ai parlé préalablement, hé oui !! C’est un truc que je veux faire, une compile ou une mix-tape, qui réunira des mc’s algériens (que je kiffe), c’est un projet qui me tient a cœur !!
Mais il est d’une grande ampleur donc il faudra temporiser un peu, les moyens et le temps doivent suivre !!
-N.A : Attends, tu as beau dire que personne n’avait les couilles de sortir une compile rap à l’époque mais ces deux projets sentaient l’opportunisme genre « c’est la nouvelle musique des jeunes, on va se jeter dessus sans prise de risques », d’ailleurs même les programmeurs radio (El Bahdja en tête) avaient les mêmes intentions, sans même avoir un minimum d’amour pour le hip hop…
F.V : Attends, attends !! Je veux te parler de la capacité de mobilisation des groupes algériens. Durant la période d’enregistrement que se soit à Oran ou à Alger, il y avait plein de groupes qui ne s’entendaient pas, et ne risquaient jamais de ce retrouver ensemble dans un studio sur un même projet… si l’initiative était prise par un groupe ou un Dj algérien, le projet ne se ferait jamais !! Tu sais en passant au stade de l’édition et de la négociation business, toute forme d’amour pour l’art que tu pratique devient inexistante, parce que les types que tu as en face de toi ne partagent rien de ta culture ni de ton ambition, et là il faut penser intérêt !! Jusqu’à présent il n’y a aucune édition qui a « un minimum d’amour pour le hip hop » et ça continue !! Les infrastructures c’est aux gens du milieu hip hop algérien de les faire…
-N.A : A travers "dir el maken" , "clack clack ! »,"s’hab errap" et "Ok !",y’a quelques clins d’œils au rappeurs qui sont là par erreur, faut-il blâmer les mauvais mc’s ou bien les gens talentueux qui veulent pas ou ne font rien pour s’exposer et changer le cours des choses ?
F.V : Il ne faut blâmer personne…Il faut s’écouter un peu, tout le monde parle en même temps !
Il y a trois catégories de rappeurs en Algérie :
Ceux qui sont là par amour de cette culture, qui travaillent pour faire avancer les choses et qui n’ont jamais lâché l’affaire.
Ceux qui parlent trop, se la jouent underground ou hardcore, et ne font rien malgré le potentiel qu’ils possèdent.
Ceux qui n’on rien pigé au truc, et qui font du rap parce que ça fait « IN ».
Les Mc’s qui ont la chance de s’exposer, ne font rien pour tirer les autres de l’anonymat, et ils ne s’engagent à faire aucune concession .Par contre les gens talentueux, (et il y en a tellement, je le certifie !!) rejettent tout sur la malchance, on a tous une cervelle et le même terrain de jeux, ils n’ont pas la notion du sacrifice, il veulent tous vendre leurs premier album a 450 000 D.A, c’est quoi ce manége ?
Les rappeurs qui sont la par erreur, ceux là qui sont dedans parce que ça le fait d’être rappeur ces derniers temps a cause de MTV Base, Zik ou M6, et pas par passion et amour de cet culture, ceux là s’effaceront tout doucement, comme bien d’autre avant eux !! Et il y a tellement de noms à citer…
-N.A : Au sujet des Mc’s talentueux, tu peux citer quelques rappeurs algériens que tu apprécies ? connus ou pas…
F.V : Tu sais je ne les connais pas tous, mais dans le peu que j’ai eu le plaisir de rencontrer y’en a que j’apprécie, je commencerais par Machin Gun ; qui m’étonne tout le temps, il y a aussi Rasta Cool de K2C qui a un talent palpable, Xenos de Fedayeen et Darkman (Youssef Seddas .ndlr) de Intik. Mais le vrai manque réside dans les Dj’s Hip Hop qui sont carrément introuvables sur le territoire national.
-N.A : « Respect » est le seul morceau dans lequel t’as convié deux chanteurs issus de la scène r’n’b algérienne (Rabie, ex-membre de Perfect G’s et Im One .ndlr) et puisque il a bénéficié d’une certaine rotation sur les ondes radio, tu ne crains pas qu’il va pousser des gens à acheter « El Facteur » en croyant tomber que sur des trucs rap/r’n’b alors que c’est tout à fait le contraire ?
F.V : Rabie est un ami de très longue date et il a un talent fou ce type, donc c’est un plaisir de bosser avec lui, Im One est un voisin à moi, et j’ai voulu lui donner une chance pour s’exprimer sur mon album. Les gens écouteront puis s’ils achèteront l’album, trouveront ce qu’il y a à trouver… ! Du Hip Hop algérien !!
-N.A:Madman qui est actuellement en France et dont l’album solo est visiblement en préparation a opté pour un nouveau pseudo « Toks »,le même nom que son ex-groupe mais avec une orthographe différente, ça ne risque pas de créer des confusions ?
F.V : Madman, a toujours essayé de se faire du fric ou partir en France sur le dos du Groupe, il a déjà essayé par le passé de former un autre groupe T.O.X sur proposition de Rachid Doufene (le producteur exécutif de WahRap et AlgerRap), il a voulu prendre Rabie (le chanteur R&B de Perfect G’z) et Rafik (Chanteur Raï) + moi pour former un nouveau groupe « T.O.X » et carrément laisser tomber nos potes. Moi j’ai refusé la proposition pourtant j’avais le visa en main ! Et là avant de partir en France il y a trois ans il a enregistré avec Rabie Deux titres « ça y est, ça y est » et « Hak ou Hak », sur demande de Rachid Doufene qui a récidivé.
Dés son arrivée en France, Rachid Doufene voulait prendre les titres mais Michel Levy (Producteur de Mami) etait plus intéressé et intéressant financièrement que Doufene, et là Madman, téléphone a tout les ex-membres du groupe y compris moi ,Machin Gun et Redha-J, parce que il fallait qu’il ajoute sur son maxi le titre « Fi la salle » et avait besoin de mon désistement, et un accord signé de ma part pour avoir les droits du titre à la SACEM, et toucher de l’argent de la part de Michel Levy (j’ai refusé bien sur). Alors l’idée lui est venue de changer l’orthographe de « T.O.X » en « Toks », parce que le groupe avait déjà quelques échos en France., et il a changer le nom du groupe Juste pour toucher un paquet de fric sur les trois titres avec Rabie et une avance sur un pseudo-album en préparation. Mais tout projet concernant la préparation d’un album solo de la part de Madman est carrément impossible pour des raisons privées et d’engagements artistiques avec Michel Levy de la part de Madman.
Je sais que c’est un peu long, mais il fallait que je donne des détails pour bien cerner le sujet. Et si les gens n’arrivent plus a se retrouver dans les noms, hé ben il kifferont ce qui leurs plait des deux formations !! Voila…
-N.A : Vu que Machin Gun est présent sur la moitié de ton album solo (interludes et morceaux confondus) tu ne crains pas que le prochain album de T.O.X sonne comme un « second solo de Vex accompagné de son petit frère » ?
F.V : C’est vrai qu’il y a une peur de faire mieux que « El Facteur ». La manière de concevoir l’album de T.O.X et très différente de celle de mon solo. Machine Gun a participé à mon album comme un invité, et pas comme membre de T.O.X. Redha-J est le concepteur musical de quelques titres sur mon album, mais sur l’album du groupe il va produire la majorité sinon tout les titres.
Le travail de TOX est -comme tu le sais- collectif, les structures à « un couplet chaque MC » c’est pas trop notre fort, on préfère les passe-passe, et les refrains partagés et soutenus mutuellement, beaucoup de phases scratchées, qui mettent en évidence le travail du DJ en tant que membre et pas quelqu’un qui est là a remplir le vide d’une fin de titre. Le résultat se sentira et la différence aussi, Inchallah l’album sortira et vous aurez l’occasion de le constater par vous-même.
-N.A : Autre support promotionnel, la vidéo…y’a pas de clip en préparation ?
F.V : L’éditeur avec lequel j’ai sorti mon album a failli à ses engagements promotionnels, la vidéo était prévue mais bon… la vie nous apprend toujours… pour le prochain album de T.O.X on aura un clip inchallah. Bon je voulais faire une surprise mais vas y... Pour la mix-tape qui doit sortir dans les semaines qui viennent il y a un bonus vidéo a la fin de du cd (Live, Radio,séquences studios, freestyles… etc.).
-N.A : Perso de ton album je retiendrais surtout « Essah » pour la prestation microphonique, « dir el maken » pour le discours, « el bizzare » pour l’écriture et « clack clack » pour la qualité de la boucle ,Que penses-tu de cette sélection ?
F.V : C’est perso, tu l’as dis !! J’ai rien à ajouter !!(rires). Pour ma part je n’aime pas faire de classification dans mes tires, mais je n’ai jamais abordé la question de ce point de vue... Je suis en parti d’accord avec cette sélection !! La boucle qui m’a mit une claque est celle de « Chouia rap »[i] mais celle de [i]« clack clack » est pas mal non plus !!(rires), pour la prestation microphonique, j’aurais choisi « Kima dima » qui est devenu entre parenthèse l’hymne du groupe (Kima dimaaaa yeaah) !! Pour le reste je suis entièrement de ton avis…
-N.A : « Déjà errap klaoueh bel’bourek ou reddouh brique » (« Ok ! »), un clin d’œil humoristique à ce cher Lotfi ou de la rancœur ?
F.V : Haaa !! rana wssalnalha !! Hé ben c’est un clin d’œil assez frappant, tu vois moi j’aime trop le hip hop, et ça me perdra je le sais !! (rires) Sa réussite il ne la doit a personne, et c’est un excellent businessman. Mais Il y a des normes a respecter… non je dirais plutôt il y a un minimum de respect a donner au hip hop !! Comment prendre l’instru faite, ou le sujet de quelqu’un et le mettre sur un album ? et il dit que c’est un rappeur dangereux, le maître des jeux de mots …etc. En exemple le morceau « El braya » c’est la copie de « Stan » d’Eminem, « Ana Editeur » c’est le sujet d’Akhenaton « j’ai pas de face » et même le clip en plus, « bouraka » aussi c’est un instru qui ne lui appartient pas… etc. donc voila on fait une reprise de sample de temps en temps, mais pas a chaque disque, et c’est comme ça qu’on ferme les portes au hip hop.
Un rappeur comme Lotfi avec une telle notoriété, et une telle médiatisation est nocif et risqué pour le rap algérien. Et j’ai fais ce clin d’œil pour faire comprendre aux gens que le rap en Algérie c’est pas seulement « Lotfi », « MBS », « City 16 », « Intik », « Hamma », que le rap existe aussi à Oran depuis 1992, ou les « Deep Voice » ont fait la première scène rap en Algérie ,c’était au Centre Culturel Français d’Oran. et qu’il y a de bons rappeurs à Oran, voila, le titre « Ok ! » a été fait de ce principe !! Mais c’est parti en couilles à la fin (Rires).
-N.A Vous n’aviez eu aucun problème quant à l’utilisation de samples dans vos morceaux ? D’ailleurs j’au lu sur le net qu’aux States le sampling va être désormais interdit ou contrôlé, si c’est le cas poserais-tu sur des trucs synthétiques à la Rockwilder ? (Rires)
F.V : Aucun problème, tu peux sampler même le générique de « ness m’leh city 2 » si tu veux !! On essaye toujours de travailler et de rejouer les samples, il faut se casser la tête un peu !! on kiffe bien les instrus que fait Redha- J, le sampling a révolutionné le rap et beaucoup de genres musicaux aussi !! Mais si on met fin au sampling, on trouvera un autre truc t’inquiète !!! Rockwilder si tu nous lis je te salues !!
-N.A : Un message particulier à notre public hip hop ?
F.V : Continuez à kiffer le vrai hip hop peu importe d’où il vient : Allemagne, japon, Pologne, France, Algérie, USA… Nous de notre coté, on essaye de faire kiffer les foules avec respect, et surtout garder le cap sur l’attitude Hip Hop, positive et créative. Voila… bienvenue à TOXland, et au plaisir de nous lire, je vous donne rendez vous dans vos lecteurs CD ou K7 pour un bon moment de rap algérien !! Brraw …
-N.A : 5 albums indémodables ? intemporels et que tu ne te lasseras jamais d’écouter ?...
F.V : Tu sais, y’a tellement d’albums et d’artistes que j’écoute sans me lasser comme Black star (l’album qui réunissait Mos Def et Talib Kweli .ndlr), Dilated Peoples "The platform", Fat Joe "Represent " (1er album .ndlr) Krs One "the return of the boom Bap", Pete rock & Cl Smooth "Mecca & the soul brothers", Mobb Deep "Infamous"... mais ma sélection avec un petit pincement au cœur est la suivante :
1. Hold It Down" de Das EFX-.
2."Livin’ Proof" de Group Home.
3."Moment of truth" de Gangstarr.
4."Extinction Level Event " de Busta Rhymes.
5."Rawkus presents : Sound Bombing 2" by Dj Babu.
en Bonus Sade "Love de Luxe" (Rires).
Propos recueillis par NEO AMC
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